1- De quoi s’agit-il ?

Positif avant la restauration de 2002

C’est un tissu d’ensevelissement, ce qui explique ses grandes dimensions (4,36 m x 1,10 m, avant la restauration de 2002). Il comporte une bande principale de 103 cm de large, et une bande supérieure de 7 cm, provenant du même rouleau d’étoffe et recousue avec une extrême minutie. C’est un sergé de lin, tissé en chevrons (mode « 3 lient 1 »), avec un fil à torsion « à l’envers » (en Z).

Ces dimensions et ce mode de tissage sont compatibles avec les techniques en usage en Syrie et en Palestine aux premiers siècles de notre ère.

Ce qu’on voit sur le Linceul :

– la sihouette, de face et de dos, très ténue, d’un homme allongé, entièrement nu ; l’examen antomique détaillé (voir les pages correspondantes, dans le sous-menu « Etudes médicales ») montre que cet homme a subi le supplice de la crucifixion ;

– des traces de brûlures, provenant d’un incendie, à Chambéry en 1532 (2 grandes lignes et 32 trous) ; les rapiècements visibles ici ont été supprimés en 2002 ;

– des taches d’eau, qui ne viennent pas de l’extinction de l’incendie de Chambéry en 1532, car elles ne correspondent pas au pliage du Linceul à cette époque. Elles peuvent être dues à l’humidité lors de la conservation du Linceul dans une urne, plié en trois puis « en accordéon » (voir l’article d’Aldo Guerreschi dans le Cahier MNTV n° 28) ;

                              Pliage en accordéon                              Pliage en urne

– des trous en forme de « L » (ou en équerre), au niveau des reins ; ils sont symétriques par rapport à l’axe longitudinal ; ils sont antérieurs à l’incendie de Chambéry, car ils sont représentés sur une copie du Linceul datée de 1516 et conservée à Lier (Belgique) ; ils figurent déjà sur une gravure du Codex « Pray », datée au plus tard de 1195 ; ce manuscrit, conservé à Budapest, a été dessiné à Constantinople, sans doute à l’occasion d’un mariage entre le roi de Hongrie et la fille de l’empereur (en 1148). La forme de ces trous est compatible avec un pliage en quatre.

Ce qu’on ne voit pas à l’oeil nu sur le Linceul :

– des pollens, dont certains viennent de plantes existant au Moyen-Orient, notamment à Jérusalem et au bord de la Mer Morte ;

– de la terre, sous les genoux et les pieds du supplicié ;

–  des traces de myrrhe et d’aloès, en accord avec l’usage juif rapporté dans les évangiles ;

– des traces de bilirubine, composé du sang émis lors d’un grave traumatisme, et qui garde alors sa couleur rouge ;

– des traces de pièces de monnaie sur les yeux du supplicié, pour fermer ses paupières ; elles permettent de dater la mort du supplicié vers l’an 30 ( voir l’article de Pierre de Riedlmatten sur les tarvaux du Père Filas et leurs suites, dans le Cahier MNTV n° 44);

– des traces d’inscriptions autour du Visage ; elles permettent d’identifier le supplicié (voir les travaux d’André Marion et leurs suites).