Je vénère ce visage tel que je le vois

Méditation

 « Je vénère ce visage tel que je le vois ». Comme le résultat d’une authentique transfiguration. Sortant des ténèbres, mais révélé par la lumière du photographe, ce visage nous montre un réel voilé, « le vrai Visage de l’Invisible peut être?Un visage humain quelconque, défiguré, souffrant, d’un homme bien sûr mais surtout d’un humain, celui de ma sœur, de mon frère que le Seigneur a placé sur mon chemin.Ce visage ressemble au Visage du Christ souffrant : Christus dolens.

 

Une paix étrange émane de ce Visage. Alors je m’interroge. Je pense à celle ou à celui qui a pleinement accepté sa souffrance, au malade qui va mourir, à celui qu’on a torturé et qui n’a pas parlé, aux martyrs qui sont morts pour leur foi. Ce visage me rappelle celui du Christ résigné : Christus patiens.

 

Mais ce qui me frappe par-dessus tout c’est son silence. Car c’est dans ce silence que l’espoir réside en plénitude. Le grand silence, silence de la mort certes, mais pas n’importe quelle mort, une mort pleine d’espérance. Une phrase de Jean Giraudoux me vient alors à l’esprit:

« Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et que tout est perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? – Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore« .

La mort, fin d’une vie, fin de la vie préfigurant la fin du 7ème jour, fin d’une création, mais qui en même temps annonce l’aurore, l’apparition d’une nouvelle création, le monde nouveau du 8ème jour, la venue du temps messianique: le jour de Pâques, premier jour de la semaine. Je pressens à travers ce visage celui du Christ triomphant qui va bientôt surgir : Christus triumphans comme l’évoque le psalmiste (Ps 56) :

 

Eveille-toi, ma Gloire !

Eveillez-vous, harpe, cithare,

que j’éveille l’aurore !