Exposé de Bénédicte de Dompsure

 Cet article  de Mlle de Dompsure a été publié dans notre Cahier n°  18 lors de l’Assemblée Générale MNTV de 1998.

Mlle de Dompsure préparait à l’époque un DEA avant la rédaction d’une thèse sur le linceul de Turin, sous la direction de M. Bernard DEMOTZ, professeur d’histoire à l’université Jean Moulin de Lyon. Compte tenu du stade d’avancement de ses études, Mlle de Dompsure s’est attachée à vérifier ce qui a été dit des différentes étapes du voyage du linceul, en même temps que les documents ayant servi de base d’études, ainsi que les thèses sur lesquelles le Professeur Demotz a travaillé.

En préambule, il convient de distinguer image et relique.
– Les images sont les représentations du visage du Christ apparues miraculeusement ou reproduites d’après un prototype miraculeux.
– Les reliques sont les témoins de la vie du Christ. Les traces de sang et de boue trouvées sur le linceul attestant la présence d’un corps, le linceul est bien une relique.

L’exposé suivant porte sur : 1. Ce que l’on sait sur l’image du suaire depuis Jérusalem jusqu’à Turin. 2. Les trois principales périodes de silence, avec un plus long développement sur la période byzantine, entre le VIIème et le XIIème siècle, et l’image d’Édesse.

I. Les faits connus

On compte six étapes : Jérusalem, Constantinople, Athènes, Lirey en Champagne, la Savoie et Turin.

– Jérusalem

Les premiers documents sont les évangiles. Les apôtres ont trouvé dans le tombeau le linceul et des linges. D’autres traces existent : par exemple, en 340, St Cyrille de Jérusalem fait allusion au linceul, témoin de la Résurrection .

En 540, Justinien Ier envoie à Jérusalem des hommes dignes de foi et d’estime pour mesurer la haute stature de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Texte anonyme du XIème siècle : Anonymus Banduri, Patrologie grecque de Migne, T. 122, col. 1305) en vue de la réalisation de la grande croix de Sainte-Sophie. On peut supposer que le linceul a été utilisé à cette fin. D’autre part, Saint Braulion, évêque de Saragosse, dit que les linges sacrés du Sauveur ont échappé aux romains, aux perses dont la dernière attaque date de 614 et aux arabes dont la première attaque se produit en 635. On peut émettre à partir de ce document l’hypothèse d’un transfert du linceul au VIIème siècle, cependant il ne donne aucun renseignement sur le lieu où il aurait été transféré.

– Constantinople

La présence du linceul semble assurée à certaines époques.

Au VIIème siècle, sous le règne de Justinien II, durant la période 685-695, les premières monnaies d’or représentent le buste du Christ et comportent certaines analogies avec le Saint Suaire.

En 692, le concile de Constantinople ordonne de présenter le Christ comme un homme et plus jamais comme l’agneau symbolique. On constate alors que la représentation du Christ pantocrator offre des analogies assez remarquables avec le Suaire : mèches sur le front, triangle au-dessus du nez, pli au niveau de la gorge…

Suit une longue période de silence.

On retrouve le linceul à Notre-Dame du Phare, dans l’église de Constantinople, en 1092. Dans une lettre à Robert de Flandre, Alexis I Commène dit avoir vu à Constantinople les linteamina (« linges de lin », terme usuel pour désigner le linceul) trouvés après la Résurrection dans le sépulcre ( « Linteamina, post resurrectionem eius inuenta in sepulcro » , Migne Patr. lat., T.CLV, col. 466-470).

En 1201, Nicolas Mésaritès, le gardien des reliques de Notre-Dame du Phare, rapporte : Ici, il ressuscite, et le Suaire, avec les linges en sont la manifestation. Ils bravent la corruption car ils ont enveloppé l’ineffable mort (cité par P. Riant dans Exuviae sacrae Constantinopolitanae). Ce témoignage peut confirmer la présence du linceul au début du XIIIème siècle.

Le codex Pray enfin, qui présente beaucoup d’analogies avec le linceul (représentation du tissu en chevrons, marques de brûlures dans la même disposition que sur le Suaire, avec le L à l’envers) montre que le linceul était déjà connu à cette époque.

– Athènes

Dans une lettre adressée au Pape Innocent III, Isaac II Ange réclame la restitution des reliques volées par les français et précise que le linceul est à Athènes. On ne sait pas toutefois jusqu’à quand il y serait resté.

La date de 1311 est avancée pour le transport des reliques par Agnès de Charny à destination de la France, afin de les soustraire aux barbares. Cette hypothèse, formulée par Pingon au XVIème siècle est rendue plausible par les ravages effectués en Grèce à cette époque par la grande compagnie catalane et ses mercenaires musulmans. On peut supposer qu’on a voulu alors soustraire le Suaire au pillage.

– Lirey en Champagne

Le linceul est aux mains de Geoffroi de Charny, fondateur de la collégiale vouée au culte de la relique ainsi que l’indique une médaille conservée au musée de Cluny.

On y voit une représentation du linceul avec ses chevrons et, dessous, les armes de Geoffroi de Charny et de Jeanne de Vergy son épouse, en qualité de donatrice du linceul à la collégiale.

Lors de l’exposition du linceul par la veuve de Geoffroi, tué à la bataille de Poitiers, vers 1357, l’évêque de Troyes interdit cette ostension. Retiré, le linceul est à nouveau exposé en 1389. L’évêque de Troyes s’y oppose pour la seconde fois et affirme, dans une lettre, avoir découvert le peintre auteur de cette image.

En 1418, Humbert de Villersexel, époux de Marguerite de Charny, décide de retirer le linceul à cause des pillages perpétrés lors de la guerre entre Armagnacs et Bourguignons. Les chanoines de la collégiale veulent récupérer la relique et protestent.

A partir de ce moment, le linceul est transporté d’un château à l’autre, mais toujours au sein de la famille de Charny : château de Montfort en 1418, Saint-Hyppolite-sur-le-Doubs jusqu’en 1449.

En 1453, le duc de Savoie obtient la relique de Marguerite de Charny et l’installe en permanence derrière le ma »tre-autel de la Sainte- Chapelle au château de Chambéry.

A la même époque, en 1506, le Pape Jules II autorise l’ostension de l’insigne linceul dans lequel Notre-Seigneur Jésus-Christ fut enveloppé au tombeau. A partir de ce moment, il y a une ostension annuelle.

En 1532, le linceul est sauvé d’un incendie accidentel à Chambéry. Il est restauré deux ans plus tard par les Clarisses qui en établissent un compte-rendu assez détaillé.

En 1536 se produit la première invasion française de la Savoie. Le duc prend la précaution de retirer le linceul de Chambéry et le transporte à Verceil et Nice.

En 1578, le linceul est transféré à Turin, la capitale de la Savoie y ayant été établie. En 1860 il appartient toujours à la famille de Savoie.

En 1898, le roi d’Italie en fait prendre une photographie, à l’origine d’une première vague de recherches après la révélation du négatif. En 1983, le roi Humbert II lègue par testament le linceul au Pape Jean-Paul II qui encourage une seconde vague de recherches.

Voilà donc quelques étapes sur ce que l’on sait de l’itinéraire du linceul.

II. Les périodes de silence

Il y en a trois grandes : la période romaine, la période byzantine et la période latine.

– Période romaine

Après l’indication du début à Jérusalem, on a très peu d’indices. Cela s’explique par l’hostilité des juifs non-convertis : le suaire ne peut représenter Dieu puisqu’il n’est pas admis que le Fils puisse s’incarner, et un linge qui a été au contact d’un mort est un objet impur.

– Période latine

à partir du XIIIème siècle. Le silence observé s’expliquerait par la discrétion à laquelle devait se tenir la famille du fait que les Byzantins réclamaient la relique volée et qu’elle n’avait donc pas intérêt à s’en reconna »tre propriétaire.

– Période byzantine

Cette période peut également s’expliquer. C’est la période de la querelle sur la nature du Christ, les nestoriens insistant sur la nature humaine, et les monophysites sur la nature divine. Les querelles qui s’ensuivent sont si violentes que Justinien est obligé d’intervenir et expliquent que l’on n’ait pas pris le risque d’exposer le suaire en cette fin du Vème siècle.

Ensuite, c’est la période de l’iconoclasme dont les tenants sont opposés à toute image, même celle du linceul. On ne prend donc pas davantage le risque de l’exposer.

Il convient de préciser que les images avaient existé dans l’église dès les premiers siècles, avec une intensification du Vème au VIIème siècle, comme en correspondance avec le souci de remplacer le culte antérieur (les dieux lares).

Dès le VIème siècle les reliques prennent de plus en plus d’importance car les Saints sont non seulement des modèles vénérables mais aussi des intercesseurs auprès de Dieu. Il faut donc être près d’eux, d’où la place importante des reliques dans le culte des Saints, culte dans lequel les iconoclastes voient un certain danger de polythéisme. Ce qui expliquerait encore qu’on n’ait pas exposé le suaire.

L’image d’Édesse permettait de combler un grand vide de quelques siècles, mais des recherches récentes présentent l’image d’Édesse et le linceul comme deux objets différents ainsi qu’il va être précisé plus loin.

Quelques indices de la présence du linceul à Constantinople au VIIème siècle existent.

En 540, lors de la mission envoyée par Justinien Ier, Jérusalem se trouvait en territoire byzantin. Si le linceul y était, il y a de grandes chances pour qu’il ait été transporté à Constantinople à la fin du VIème ou au début du VIIème siècle en même temps que beaucoup d’autres reliques pour le protéger des invasions.

Au début, toutes les reliques étaient à Jérusalem et beaucoup d’entre elles ont été transférées à Constantinople comme l’attestent les inventaires. On peut se demander pourquoi le linceul aurait fait exception en prenant le chemin d’Édesse. Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse.

En 626, le patriarche Sergios organise une procession sur les remparts de Constantinople en portant l’image du Christ non-faite de main d’homme, alors que la ville est assiégée par les perses. La ville est préservée, les perses vaincus. De quelle image s’agit-il ? L’état des recherches ne permet pas de le préciser.

On peut citer également le témoignage, plus vague car il n’indique pas de lieu, de saint Braulion, évêque de Saragosse.

Enfin, la monnaie de Justinien II, en présentant des analogies avec l’empreinte du linceul, apporte un élément sérieux en faveur de la présence du linceul à Constantinople.

Il s’agit donc là d’une série d’indications intéressantes qu’il convient de vérifier et d’étayer pour les dépouiller des incertitudes qui les entourent encore.

L’image d’Édesse

A la base, on trouve la légende rapportée par Joseph de Césarée, ensuite par Evagre le scholastique. Il s’agirait du linge sur lequel le Christ aurait imprégné son visage, puis l’aurait donné au messager du roi d’Édesse, Abgar V, malade, et qui, à la vue de ce visage aurait été guéri. La description de cette image a été faite par Grégoire le Référendaire en 944, lors du transfert de l’image à Constantinople : Il a été imprimé par les seules sueurs de l’agonie qui ont découlé du visage du Prince de la Vie, comme des caillots de sang et par le doigt de Dieu. Telles sont, en fait, les parures qui ont coloré l’empreinte du Christ et, depuis qu’elles ont coulé, elles ont été embellies par les gouttes qui ont coulé de son propre côté .

On pourrait donc penser qu’il s’agit du linceul de Turin, car rien ne dit que ce ne l’est pas. à partir de ces éléments, les historiens ont déduit que l’image d’Édesse se confondait avec le linceul. Mais depuis, les recherches ont permis de nouvelles découvertes.

Pour parler de l’image d’Édesse, on utilise les termes de mandylion ou d’image, alors que les témoignages des XIème et XIIème siècles nomment le linceul linteum (toile de lin) ou sydoine (traduction du terme grec sindon ) . Ces mêmes témoignages mettent à part, dans les inventaires, le linceul et l’image d’Édesse. Par exemple, dans la description du sanctuaire de Constantinople datée de 1190, la distinction est nette : Ici, au sanctuaire, dans la chapelle impériale de Constantinople, on trouve en permanence, d’un côté le linge de lin dans lequel le corps du Christ crucifié a été enveloppé nu (on notera que l’évocation d’un corps nu était contraire aux représentations faites jusque là) et, de l’autre côté, le mandylion du roi Abgar qui, par le Seigneur, à travers l’apôtre Thaddée, a été envoyé à Édesse et sur lequel son image (imago) a été représentée (« Hoc est sanctuarium quod in capella imperalii Constantinopolim ad praesens continetur : […]Item pars linteaminum, quibus crucifixum Christi corpus meruit inuoluere iam dictus Arimatensis Joseph… Item Manutergium, regi Abgar, a Domino, per Thadeum apostolum, Edesse missum, in quo ab ipso Domino sua ipsius transfigurata est ymago ». Descriptio sanctuarii Constantinopolitani.Roma, Bibl. Vatican., Reg Christ., 712, F.91 v¡ – paris Bibl. Nat., lat 6186 (Colbert 6322) f.117 v¡).

Dix ans plus tard, un inventaire des reliques est dressé par Antoine, archevêque de Novgorod, lors de son voyage à Constantinople en 1200. D’un côté au Bucholéon, il nomme le linteum, le linge de lin qui représente l’image du Christ, ensuite il nomme à Sainte Marie des Blachernes, de l’autre côté de Constantinople, l’image d’Édesse (« linteum faciem Christi repraesentans » et  » imago Salvatoris, quam christianus quidam Theodorus Abrahae Judeo oppignorauerat « , Bulletin de l’Académie Impériale de St-Pétersbourg, Shornik, 1875, T. XII, pp. 340-349). Il y a donc bien, là aussi, deux choses distinctes. A noter également que le linceul représente le corps entier, alors que dans le cas du mandylion seul le visage est mentionné, ce qui correspond bien aux dimensions de ce linge.

Le trou de la période byzantine n’est pas comblé. Les recherches ont donc été axées sur l’iconographie pour tenter de retrouver les représentations du Christ.

On s’aperçoit que la lignée picturale du linceul, où le linceul semblerait être la source des images, apparaît vers 540.

Ensuite, vers 685-695 et 705-711, la monnaie de Justinien II présente des analogies avec le linceul. De même, celle de Michel III, entre 842 et 867.

A la chapelle de Santa Maria Antiqua à Rome, la crucifixion datée de 705-708 a également des similitudes avec le linceul : cheveux en bandeaux, mèche sur le front, joue gauche un peu plus haute, ride entre le nez et la lèvre supérieure. Or on attribue la décoration de cette chapelle au fils d’un curateur byzantin du palais impérial, qui aurait donc pu approcher le linceul.

Au Xème siècle, un renouveau artistique se produit, qui se traduit par la représentation de nombreux visages du Christ selon le linceul, c’est-à-dire conformément aux caractéristiques établies par Paul Vignon et que l’on retrouve de manière troublante, en particulier dans les représentations du Christ pantocrator observées en différents lieux et révélatrices d’une source commune.

En conclusion

Il n’est pas possible de répondre à la question de l’authenticité du linceul tant que la recherche reste incomplète et n’établit pas de continuité.

Cependant, le faux médiéval n’est pas envisageable, car l’état des techniques et des connaissances au Moyen-âge ne permettait pas de réaliser ce que décèlent la médecine moderne et la photographie.

Il en est de même pour la peinture, car un peintre en général ne cherche pas à représenter la réalité dans tous ses détails. Il est toujours sujet à un phénomène d’abstraction. On peut ajouter que les peintres ne peignent pas sur un même support la partie faciale et la partie dorsale.

Le miracle consistant à reproduire sur un tissu le corps du Christ mort sans que son corps y soit déposé est improbable, car les traces de sang et de boue retrouvées sur le linceul prouvent qu’il y a eu la présence d’un corps.

La crucifixion par des fanatiques musulmans est également une hypothèse peu probable, car elle supposerait de la part des turcs la connaissance exceptionnelle des détails de la Passion et des procédés romains de crucifixion qui, pour la plupart n’étaient plus employés au Moyen-Âge. L’hypothèse d’un mystique qui aurait voulu revivre la Passion est à écarter pour les mêmes raisons, les procédés employés par les romains ayant été inventoriés beaucoup plus tard, lors de travaux archéologiques.

Le faux paraît impossible. Le vrai est possible. Mais, d’un point de vue historique, il n’est pas certain. Il faut donc poursuivre les recherches historiques qui pourraient apporter beaucoup à la connaissance du linceul et qui, croisées avec celles d’autres disciplines, pourraient peut-être permettre de conclure sur la question de son authenticité.

III. Remarques et questions des participants

– Le tétradiplon (quatre fois double) qui a l’avantage de réunir mandylion et image d’Édesse, n’apporte-t-il pas une explication valable des faits ? En le pliant une fois, en effet, on efface le dos; une seconde fois, les jambes; une troisième fois, le buste, pour ne laisser appara »tre ensuite que le visage. Le linge ainsi plié, seul le visage était visible, mais le reste du corps n’était-il pas dévoilé le vendredi à Sainte Marie des Blachernes ?

Cette hypothèse ne parait pas pouvoir être retenue tant la référence systématique au seul visage, lorsqu’on parle du mandylion, semble exclure la représentation d’un corps sur le même linge. De plus, dans les témoignages distinguant linceul de Turin et image d’Édesse, le premier est évoqué avec la représentation du corps qui s’y trouve imprimée, la seconde n’en parle pas.

– Dans une miniature du manuscrit de la chronique de Jean Skylitzès concernant l’arrivée du mandylion à Constantinople en 944, l’étoffe portant l’effigie du Christ en relief, comme séparée d’elle, est longue de plusieurs mètres et non réduite aux dimensions d’une serviette. Le linceul d’une part, le mandylion de l’autre auraient-ils été réunis ?

En fait, c’est pour pouvoir montrer la tête sur le linge non déployé dans la largeur qu’on l’a représentée comme émergeant en relief.

Suit une énumération détaillée de données anciennes qui n’ont pas trouvé place dans l’exposé ci-dessus et qui ont fait l’objet de développements complets dans Histoire ancienne du Linceul de Turin du Père A-M Dubarle et d’articles parus sous sa signature dans plusieurs bulletins de MNTV.

Sont cités :

– L’évangile aux Hébreux. Une citation qu’en fait St Jérôme montre que des chrétiens savaient que le linceul existait.

– La légende d’Abgar, qui mériterait quelque développement. – Une hymne liturgique en syriaque faisant état en l’an 600 de l’existence dans la cathédrale d’Édesse de la représentation d’un visage non-de-main .

– Le récit d’Evagre sur l’heureuse issue du siège d’Édesse par les perses. – Le témoignage de Grégoire le référendaire.

– Le récit des envoyés de Saint Louis auprès de Baudouin à Constantinople. Parmi les reliques cédées par ce dernier figure « une sainte toile insérée sur une planche » ou « insérée dans un étui « . L’énumération faite par les envoyés du roi est en correspondance exacte avec celle de la bulle de Baudouin à l’exception de la sanctam toellam qui n’est plus mentionnée.

A sa place on parle d’ « une planche que toucha le visage du Seigneur quand on le déposait de la croix » . On a ainsi l’explication de la miniature de Skylitzès. On y voit l’empereur baisant la tête du Christ et un long ruban non déployé, avec l’image cachée, car ce qu’on a apporté d’Édesse n’est pas seulement le linceul mais le linceul dans son étui, sur lequel une miniature faite de main d’homme représentait la tête du Christ. C’est cette miniature de l’étui qui a servi de modèle au mandylion, terme propre à Constantinople et utilisée seulement après son arrivée. C’est par anachronisme qu’on en parle à Édesse où il n’a jamais été. Il était à Constantinople où on a très peu déployé la toile, mais on a fait des représentations de la miniature faite de main d’homme qui était sur l’étui. La collection de ces reliques était conservée à la Sainte Chapelle à Paris; puis Charles V, vers 1370, avait fait faire un petit reliquaire dans lequel on avait placé des fragments minuscules de toutes les reliques qui s’y trouvaient ainsi qu’un dessin qui les représentait et leur liste en exacte concordance avec la bulle de Baudouin.

Ce dessin représente, entre autres, une petite boite vide avec son couvercle ouvert et il n’est plus question de la « tabulam insertam « mais du tablel, mot dérivé de tabula.

On a ainsi l’indication de ce qui restait à la Sainte Chapelle à cette époque. La « sancta toella » remise par Baudouin à Saint Louis n’y figurait plus.

Parmi les autres questions posées par les participants figurent :

– L’importance de l’iconographie où les recherches sont à poursuivre pour savoir si les traits caractéristiques relevés de manière générale à partir du VIème siècle sur les représentations du visage du Christ se retrouvent sur d’autres personnes (St Pierre, St Paul…).

– Les recherches sur la crucifixion romaine dont on connaît beaucoup de modes d’exécution.

– L’existence d’enquête sur la possibilité de faire des faux à l’époque médiévale sur de grandes toiles, avant les XVème – XVIème siècles. De grandes toiles peintes ont existé aux XIVème – XVème siècles. Elles étaient utilisées pour la catéchèse lors des cérémonies commémorant la Passion. Elles décoraient les églises ou étaient placées sur les parvis en France, en Allemagne, en Suisse, et l’on prêchait devant.

– L’intérêt des recherches de documents sur les suaires de Compiègne et d’Aix dont l’existence est mentionnée pendant des périodes de silence du linceul et qui ont donné lieu à des ostensions.

– L’existence d’une représentation sur tissu en deux teintes distinctes, l’une du genre impression sur le linceul, l’autre plus colorée, de la partie faciale et de la partie dorsale complètes d’un être humain et sur un même document, avec une trace du coeur à droite. Dans l’affirmative, il serait intéressant de connaitre le motif qui a pu guider l’auteur. Dans le cas d’une représentation du genre linceul de Turin, il ne pourrait s’agir que de copie, mais toute copie antérieure au XIVème serait à rechercher.

– L’importance des recherches à poursuivre. La science ne peut expliquer le linceul, notamment en se référant aux techniques de l’époque médiévale. Jusqu’ici, elle ne s’est pas encore penchée sérieusement sur le linceul. Beaucoup d’écrits en effet ont paru sur ce sujet, mais souvent en reproduisant des données insuffisamment vérifiées, et seuls une vingtaine d’articles dans le monde semblent pouvoir servir de documents de base. On ne saurait donc trop recommander la poursuite de recherches approfondies remontant à la source.