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Traces d’Ecritures autour du Visage

(Extrait relatif aux traces d’Ecritures autour du Visage, paru dans l’article publié dans le Cahier MNTV n°32 en juin 2005 )

Nos lecteurs ont sans doute déjà entendu parler des « inscriptions », en latin et en grec, invisibles à l’œil nu, mises en évidence autour du Visage de l’Homme du Linceul, il y a près d’une dizaine d’années, par André Marion et Anne-laure Courage[1].

1- Rappel succinct de l’histoire du Linceul et des recherches scientifiques.

2- Une image optiquement curieuse

La comparaison de plusieurs photographies du Visage, comme celles d’Enrie (1932), et par exemple, celles de Vernon Miller (STURP- 1978), a permis de mettre en évidence des aspects nouveaux de l’image corporelle de l’Homme du Linceul.

3- Découverte des fantômes d’écriture

3-1- Premières observations

Au début des années 1980, plusieurs spécialistes, dont les italiens Ugolotti (dès 1979) et le Père Marastoni, puis le Père Dubois (en 1982), ont signalé la présence sur le Visage, et autour de celui-ci, de bribes de lettres et de morceaux de mots, à peine visibles, qui pouvaient être interprétés comme des fantômes d’écritures latines, grecques, voire même hébraïques. La plupart de ces inscriptions, peu contrastées, sont situées sur des bandes horizontales et verticales qui encadrent le visage. On remarque en effet, sur les négatifs photographiques, que le Visage est entouré de bandes sombres rectilignes et parallèles qui forment en quelque sorte deux U de taille différente (fig. 1). Ces bandes, de forme géométrique régulière, se superposent à l’image optique qu’elles ne masquent pas mais atténuent. Leur origine est difficile à interpréter : certains suggèrent qu’il s’agirait des traces d’un enduit, ou d’un apprêt, déposé sur la face externe du tissu (non visible aujourd’hui), destiné à rendre l’étoffe apte à recevoir de l’encre ; d’autres y voient la trace d’une logette, qui, selon les spécialistes des rites funéraires juifs, était destinée au calage de la tête du défunt. Certains historiens pensent que Jésus, pendant la crucifixion, devait porter autour du cou une planchette (le « titulus damnationis ») sur laquelle étaient écrits, par « l’autorité administrative » de l’époque, sa condamnation et son nom. Les bandes ou la logette encadrant le Visage ont peut-être joué ce rôle pour l’Homme du Linceul.

Il est à noter que toutes les écritures sont lisibles à l’endroit sur le négatif photographique ayant subi le retournement droite-gauche, donc elles sont à l’envers sur le positif, qui est la face interne du Linceul (la face de l’image) ; ceci est cohérent avec les hypothèses précédentes d’une écriture sur la face externe. Il est également concevable, qu’apparaissant inversées, en négatif et très peu contrastées sur la face visible du tissu, elles soient restées inaperçues pendant de nombreux siècles.
L’Institut d’optique d’Orsay a été contacté en mai 1994, par Marcel Alonso et Eric de Bazelaire[12], membres du CIELT, en vue d’étudier la possibilité d’appliquer les techniques du traitement numérique des images à la recherche des fantômes d’écritures existant sur le Linceul.

3-2- Méthode de traitement[13]

Elle est basée sur deux idées maîtresses :

1- supprimer l’effet gênant dû à la double périodicité optique présente sur les clichés :

  1. a) périodicité de la trame qui forme l’image,
  2. b) périodicité des chevrons du tissu ;

2- concentrer au mieux, en une seule image, les informations issues de toutes les images d’une même zone, correspondant à des conditions de prise de vue et/ou de numérisation différentes, et donc se complétant mutuellement.

Une fois la concentration effectuée, l’image obtenue est traitée de manière à faire ressortir au mieux la structure des lettres, à l’aide de divers filtres.

 

1- Suppression de la double périodicité : il était exclu de l’éliminer directement, car elle contient l’information cherchée. Nous avons donc effectué sur chaque image numérisée quatre opérations successives :

– un étirement vertical, destiné à amener à 45° l’inclinaison des chevrons (anamorphose de l’image) ;

– deux lissages à angle droit, qui étalent l’information à la fois parallèlement et perpendiculairement à la direction des chevrons, ce qui améliore la lisibilité des caractères;

– un filtrage de fréquences (par transformées de Fourier), destiné à éliminer les creux résiduels entre les chevrons ;

– un changement d’échelle vertical ramenant l’image à ses proportions réelles.

Après ces opérations, la structure fine de l’image optique a disparu, et on ne perçoit plus ni les bâtonnets de la trame, ni les chevrons du tissu.

 

2- Concentration des informations : à partir des différentes photos disponibles, qui ne donnent pas toutes les mêmes détails, nous avons combiné les images prétraitées, de façon à faire ressortir au mieux l’information pertinente et à améliorer le « rapport signal sur bruit ». Pour cela, nous avons appliqué une technique familière des spécialistes de la télédétection, qui est également utilisée pour le traitement des images prises par les satellites, dans différentes bandes de longueurs d’ondes (images multi-spectrales). Il s’agit de « l’analyse en composantes principales » (ACP), qui permet :

– de dé-corréler les différentes images ;

– de comprimer l’information en diminuant le nombre d’images utiles ;

– et d’améliorer le rapport signal / bruit, en « séparant » les images du bruit.

Le résultat est significatif sur les marques recherchées sur le Suaire, pour lesquelles il a été possible de concentrer l’information dans une seule image, la première composante principale.

 

Filtrages : une mise en oeuvre ordonnée et dosée des différents filtres a été ensuite appliquée.

 

L’ensemble de ces traitements successifs a fait peu à peu apparaître les traces d’écriture recherchées.

 

3-3 Résultats obtenus

Comme le montrent les figures 2 et 3, les résultats sont étonnants. On a pu ainsi identifier :

– à droite du Visage, l’inscription latine « INNECE » qui pourrait être un morceau de la phrase « IN NECEM IBIS » («tu iras à la mort », ou « tu es condamné à mort»), phrase qui correspondrait à la sentence infligée;

– à droite également, mais dans l’autre sens, l’inscription grecque « NNAZARHNOS » ou latine « NNAZARENUS », signifiant « le Nazaréen » (Jésus de Nazareth) ;

– au-dessus de celle-ci, le mot grec archaïque « ADAm », qui peut signifier « Adam», Jésus étant aussi le Nouvel Adam (selon l’épître aux Romains) ;

– en dessous du Visage, le mot grec « HSOg  », qui vient manifestement de « IHSOg » (Jésus) ;

– à gauche, les lettres grecques « YS KIA », pouvant provenir de la juxtaposition de deux mots « OYIS » (visage) et « SKIA» (ombre), ce qui signifierait « ombre de » visage » ou « visage à peine visible » ;

– à gauche également, l’inscription « REZw », qui serait en grec archaïque et pourrait signifier « faire, accomplir», dans le sens de « j’accomplis un sacrifice» ;

– enfin des groupes de deux lettres qui pourraient être des initiales:

+ à droite, « SB », lettres difficiles à interpréter, certains historiens ayant pensé à « Signum Baldini », le sceau de Beaudoin, empereur latin de Constantinople[14] ;

+ au dessus du front, le doublet « IC » qui pourrait représenter les initiales de Iesus Chrestus, initiales que l’on rencontre également sur de nombreuses icônes byzantines ;

+ et, sous le menton, une sorte de double N, dont la signification n’a pas été trouvée.

On notera par ailleurs :

  • que l’inscription « INNECE», une partie du mot « NNAZARENUS », ainsi que le mot « REZw », avaient déjà été trouvées antérieurement, tandis que les autres inscriptions n’avaient pas encore été découvertes ; et que, inversement, d’autres inscriptions vues antérieurement par les chercheurs italiens n’ont pas été retrouvées ;
  • que les deux N accolés sont, paraît-il, extrêmement rares, mais n’existent que dans des documents des premiers siècles de notre ère ;
  • et que, sur le négatif, l’inscription « REZw» est la seule apparaissant en clair sur fond noir (cf. fig. 2), tandis que toutes les autres apparaissent en sombre (elles sont donc en clair sur fond clair sur le positif).

 

D’après les paléographes consultés, les caractères trouvés sont plutôt orientaux qu’occidentaux, et rappellent des caractères antiques (antérieurs au Vème siècle) plutôt que des caractères médiévaux ; en particulier la forme des S se rencontre encore au IIème siècle, mais devient rarissime au Moyen-Age. D’ailleurs, on ne voit pas pour quelle raison un faussaire médiéval se serait donné la peine, pour parfaire son oeuvre, de tracer des inscriptions que personne ne pourrait voir avant la fin du XXème siècle ! Aucune copie, reproduction ou description du Suaire n’indique en effet leur présence, ce qui prouve qu’elles devaient déjà être très peu visibles.

4- Conclusions

Ces résultats montrent que l’origine du Suaire de Turin est certainement très ancienne. D’autre part, il est pratiquement exclu qu’il s’agisse de l’œuvre d’un faussaire du Moyen-Age, qui aurait dû trouver un tissu antique mais de bonne qualité, y déposer des pollens du Moyen-Orient, trouver un homme conforme à l’iconographie du Christ, lui faire subir les sévices de la Passion (dont la plupart n’existaient plus), respecter les nécessités anatomiques (comme l’enclouage dans les poignets),…

C’est donc un authentique linceul qui a enveloppé le corps d’un authentique crucifié. La quasi-totalité des études, historiques, iconographiques et scientifiques allant dans le sens d’une origine antique et Moyen-Orientale, l’Homme du Linceul serait donc un crucifié antique du Moyen-Orient. Or, tout correspond parfaitement aux connaissances que l’on a du personnage historique de Jésus de Nazareth, ainsi qu’aux récits des Evangiles. L’hypothèse qui semble la plus probable est donc que le Suaire de Turin soit l’authentique Suaire du Christ.

Ces résultats contredisent ainsi la fourchette de dates (1260-1390) donnée par le test au carbone 14. Ce test, effectué en 1988, a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs critiques : test peu fiable pour les tissus dont le nettoyage est difficile et qui absorbent facilement des éléments extérieurs (comme du carbone 14 « récent ») ; limitation à 3 laboratoires sur les 7 retenus initialement ; endroit du prélèvement mal choisi (zone éventuellement restaurée dans le passé) ; protocole pas scientifiquement rigoureux ; poids des échantillons non cohérents, et densité non homogène avec le reste du tissu ; doute sur le sort ultérieur du morceau complémentaire non utilisé ; pas d’examen pluridisciplinaire préalable (études chimiques,…) ; pas de procédure en aveugle ; résultats trop superficiels publiés dans la revue américaine « Nature ».

[1] « Nouvelles découvertes sur le Suaire de Turin » – André Marion et Anne Laure Courage – 1997- Albin Michel.

[13] Pour plus de détails, se reporter au livre d’A. Marion déjà cité : « Nouvelles découvertes sur le Suaire de Turin », chap. VII à IX.

[14] Il s’agirait alors de Beaudoin II de Courtenay, empereur latin qui a envoyé à St Louis la Sainte Couronne d’épines en 1239, et peut-être le Linceul quelques années plus tard (cf. A. M. Dubarle – « Histoire ancienne du Linceul de Turin » – Tome 2- FX de Guibert- 1998).